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Synonymes

Il serait périlleux d’affirmer que « Synoymes » est un film radical – il faudrait alors nommer la radicalité en question et la norme à laquelle elle se confronte –, mais moins de dire qu’il est difficile. La difficulté que constitue le troisième long-métrage de Nadav Lapid vient de la singularité d’une mise en scène très physique, à laquelle le spectateur ne parvient jamais à s’habituer, et à un propos difficilement saisissable du fait de l’hétérogénéité d’une écriture virant même parfois à l’abstraction. La difficulté à regarder « Synonymes » met donc le spectateur dans une position nettement inconfortable et l’on est poussé à moins s’interroger sur ce qui est dit et raconté que ce sur que le film provoque en nous; ainsi, le caractère physique de ce cinéma se joue des deux côtés de l’écran : les mouvements perpétuels des acteurs dans les rues de Paris venant se cogner contre la caméra ou ceux, rapides, de la caméra dans des directions incongrues nous interpellent, nous secouent. Il serait pourtant réducteur de parler du film comme d’un objet qui s’amuse uniquement de son étrangeté alors que sa mise en scène reste très cohérente (caméra fixe lors des scènes dialoguées, très mouvante en extérieur), dont le rapport avec son personnage principal peut même être qualifié de tautologique : de même que la caméra ne semble jamais tenir en place ou reste bloquée dans un angle du cadre qu’elle a construit, Yoav (Tom Mercier, révélation puissante) ne se fixe jamais, il ne réussit pas à se satisfaire de sa vie parisienne – à raison d’ailleurs. Vivant dans un appartement étriqué où il mange le même repas chaque jour et secouru par deux jeunes bourgeois qui le délaissent quand ils finissent de se jouer de lui, Yoav est un électron libre qui cherche une identité; mais comme toute personne qui cherche, il expérimente : il couche avec Caroline alors qu’il paraît plus proche d’Emile, se prostitue lors de séances vidéos pornos (la scène avec Christophe Paou va très loin dans la drôlerie à la fois malaisante et burlesque), travaille dans une ambassade avant de se saborder (il laisse tout le monde rentrer sans demander d’autorisation, dans une volonté d’abolir les frontières) et refuse de parler hébreu. Entre l’ouverture du film qui voit Yoav courir nu tel un animal dans un grand appartement et une conclusion qui le pousse littéralement vers la sortie, le jeune homme n’a donc pas obtenu de réponse quant à sa recherche d’identité française : énergie de chaleur percutant la froideur parisienne, Yoav s’est cherché tout comme la mise en scène a expérimenté; il a parlé fort de la même manière que la réalisation n’aura cessé de nous agresser – il faut voir l’incroyable scène de danse sur « Pump up the jam » où le corps de Yoav se dilue par des mouvements de caméra qui épousent le style techno ou encore l’hypnotique champ-contrechamp sur Caroline qui s’emploie à allumer et à éteindre très rapidement la lumière. Parfois agaçant, souvent sidérant, « Synonymes » est une expérience de cinéma salutaire dans la mesure où elle laisse un espace de réflexion aussi important pendant qu’après sa projection, une liberté devenue bien rare de nos jours et que nous offre Nadav Lapid avec intelligence et ambition.

Durée: 123 min

Qualité: HD

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IMDb: 7.3

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